Rumsfeld Donald - Un trésor sous le Pentagone | |
Le 10 septembre 2001, Donald Rumsfeld donnait une conférence où il choisissait de communiquer sur les pertes identifiées dans les comptes annuels du Pentagone, s’élevant à 2300 milliards de dollars. Le nouveau secrétaire à la Défense de l’administration Bush qualifiait alors ces pertes de "gaspillage" et accusait publiquement la bureaucratie du Département d’être seule et unique responsable de ce gigantesque gouffre financier… Le lendemain, les attentats du 11-Septembre détruisaient, entre autres, l’aile du Pentagone où se trouvait précisément le service de comptabilité du Département de la Défense, et l’équipe en mesure d’établir la traçabilité des dépenses opérées sur le budget de la Défense. Ces attentats permettaient également au pouvoir en place d’envahir l’Afghanistan puis l’Irak pour le plus grand bénéfice d’une industrie de guerre fortement dépendantes des choix stratégiques engagés par le Pentagone, et déterminée à faire valoir ses intérêts.
Le trésor enseveli du Pentagone
Chaque semaine cet été, jusqu’au mardi 11 septembre 2012, ReOpen911 publie un extrait du livre de Lalo Vespera, La parenthèse enchantée (à paraitre en septembre 2012).
Article précédent : Un certain 10 septembre 2001
« Les grandes puissances n’ont pas de principes. Elles n’ont que des intérêts. »
Henry Kissinger
Le rapport original
Et c’est le 11 janvier 2001 que ce rapport embarrassant commence véritablement à émerger sur la scène publique. Donald Rumsfeld vient d’être nommé secrétaire à la Défense par George W. Bush. Il est auditionné, comme le veut l’usage, par le Comité sénatorial des forces armées. Ce jour-là, il présente et défend les grandes lignes du programme proposé par la nouvelle administration sur des questions telles que la modernisation des systèmes de défense ou les menaces émergentes [3]. Et c’est à l’occasion de cette audition que le sénateur démocrate Robert Byrd interpelle Rumsfeld sur les solutions qu’il envisage concernant les avaries comptables et les problèmes de gestion du Pentagone. Et le sénateur brandit le fameux rapport dont il remarque qu’il est très préoccupant. Byrd mentionne déjà les différentes informations qui seront reprises dix ans plus tard dans le discours de Peter DeFazio, rapportant les constatations de l’Inspecteur Général en charge du Pentagone : « 2300 milliards de dollars n’ont pas été étayées de données adéquates au contrôle ou de preuves suffisantes pour être jugées valides. » En langage clair, personne n’est en mesure d’expliquer au contribuable américain de quelle façon a été dépensée cette masse d’argent démesurée.
Le sénateur brandit le rapport d’audit faisant mention des 2300 milliards de dollar
de dépenses que le Pentagone ne parvient pas à justifier sur l’année fiscale 1999.
Robert Byrd interroge alors le secrétaire fraichement nommé, dont les relations politiques souhaitent que soit accru le budget annuel du Pentagone : « Comment peut-on sérieusement envisager une augmentation de 50 milliards de dollars dans le budget de la défense lorsque les contrôleurs INTERNES au DoD indiquent que le ministère ne peut pas rendre compte de 2300 milliards de dollars dans les transactions en une seule année ? » [4]. Et le sénateur demande à Rumsfeld ce qu’il compte faire par rapport à cet état de fait dont il va hériter au DoD. Celui-ci répond alors, non sans humour : « Refuser cette nomination ! » Ce qui provoque un éclat de rire général dans l’assemblée. Ainsi, le nouveau secrétaire botte en touche avec cette pirouette. Et mettant les rieurs de son côté, il désamorce la bombe qui lui est tendue et adopte la posture affectée du bon serviteur de l’État qui se dévoue pour vaincre le monstre bureaucratique rendu responsable de toutes les anomalies du système.
Cette chronologie des faits appelle une double constatation :
• En premier lieu, contrairement à ce qui lui a souvent été reproché, Rumsfeld en tant que secrétaire à la Défense n’a pu prendre lui-même l’initiative de cette cécité comptable concernant 2300 milliards de dollars de dépenses non identifiées sur l’année 1999, car celle-ci a eu lieu (et a été révélée) avant qu’il soit nommé, c’est-à-dire sous l’administration Clinton avec William Cohen à la tête du Pentagone, nous le verrons plus loin. En réalité, Rumsfeld hérite de cet état de fait en arrivant au DoD. Mais les enjeux que représente le poids de cet héritage (en regard de l’implication du nouveau secrétaire au sein du PNAC sur lequel nous reviendrons dans un prochain chapitre) apportent un éclairage saisissant sur l’instrumentalisation qu’il sera susceptible d’en faire et sur les intérêts qu’il pourra tirer du fait que la conférence du 10 septembre soit suivie – au bénéfice d’une incroyable "coïncidence" – par les attentats qui effaceront cette fâcheuse ardoise pour au moins une décennie.
• En effet, en remettant la séquence en perspective, on observe que l’élection contestée de Georges Bush et le démarrage médiocre de son mandat ne confèrent pas au président américain la légitimité nécessaire pour obtenir du Congrès la hausse des budgets militaires, convoitée par les néoconservateurs qui ont fait aux financiers de la campagne républicaine des promesses qu’il leur faut maintenant tenir [5]. Au printemps 2001, la nouvelle administration est déjà au point mort. Georges W. Bush ne parvient pas à lui donner l’impulsion voulue par son camp comme le fit en son temps Ronald Reagan. Au contraire, il enchaine les maladresses et fait l’objet de nombreuses critiques .
C’est pourquoi ce rapport de l’année fiscale 1999 est capital, car l’enjeu mis en lumière par l’intervention du sénateur Robert Byrd est parfaitement clair : étant donné que la comptabilité du Pentagone est incapable de rendre compte des 2300 milliards de dollars qui ont été dépensés sur une seule année, comment la nouvelle administration républicaine pourrait-elle espérer du Congrès le vote d’une augmentation de budget de 50 milliards par an ? Une augmentation par ailleurs plus de dix fois supérieure à celle de 4,5 milliards sur laquelle les républicains se sont engagés durant la campagne électorale du candidat Bush afin de flatter les réflexes protectionnistes d’une part croissante de la population américaine [5b]. Or, au-delà même du mensonge grossier de désengagement militaire à l’étranger servant à Bush de tremplin électoral, on comprend à quel point cette situation représente une impasse pour les néoconservateurs dont le retour au pouvoir a été en bonne partie financé par les industriels de l’armement. Il est indispensable pour les faucons de la politique de reprendre la main, comme il est impératif que le Congrès, assemblée incontournable, soit amené à voter l’augmentation du budget de la Défense, et ce quelque soit l’ampleur du gouffre financier qui crève les caisses du Pentagone.
Mais rien n’est perdu pour les nouveaux locataires de la Maison Blanche. Il existe une solution fort appréciée des grands stratèges, une solution imparable que le pouvoir aux Etats-Unis a déjà retenue à plusieurs reprises dans les moments clés de son histoire. Le projet hégémonique que cette administration ne parvient pas à mettre en œuvre dans le cadre des institutions démocratiques en temps de paix pourrait lui être aimablement accordé par ces mêmes institutions, en temps de guerre. Un peu de patience.
Récidive
En mai 2002 apparaît dans la presse américaine le nouvel état comptable des finances du DoD, en date du 19 septembre 2001 [6] et qui porte cette fois sur l’année fiscale 2000, indiquant un nouveau montant de 1100 milliards de dollars pour des opérations comptables non étayées,une autre somme colossale qu’il faut additionner aux 2300 milliards égarés sur l’année fiscale précédente (soit un total de 3400 milliards sur deux ans) [7].
Ecritures comptables pour les années fiscales 1999 et 2000 (en milliers de milliards de dollars)
En gris foncé : écritures non traitées. En gris clair : écritures étayées
En blanc : écritures non étayées et inadéquates
Dans un article pour Insight Magazine consacré à ces nouveaux états financier [8], la journalisteKelly Patricia O’Meara note : « Si l’Amérique a appris quelque chose de la pagaille d’Enron, c’est bien la facilité avec laquelle les livres comptables peuvent être trafiqués. […] Le DoD ne peut toujours pas identifier au moins 1100 milliards de dollars de l’exercice 2000 sous l’ancien Président Bill Clinton, et le […] DoD souhaiterait même ne pas examiner les dépenses d’argent non identifiées pour l’exercice 2001 en raison "des montants considérables" qui pourraient encore ne pas être comptabilisés de manière appropriée depuis que George W. Bush est arrivé au pouvoir. »
Le montant de 1100 milliards sera en fait repris dans quelques rares articles de presse, mais avec des points de vue qui désamorcent plus ou moins le débat. Le San Francisco Chronicle omet de rappeler qu’il s’agit d’une récidive, laissant apparaître cette somme comme la nouvelle évaluation se substituant à l’ancienne [10]. Insight Magazine explique pour sa part comment le système insondable de la comptabilité financière du Pentagone a été délégué au fil des années Clinton à unamoncellement complexe de sociétés de gestion privées autorisées par le gouvernement à garder l’anonymat [11]. Ainsi la charge des irrégularités est basculée sur une nébuleuse d’entreprises légalement invisibles et dont les ordinateurs souffriraient de ne pouvoir communiquer entre eux. La belle affaire ! Ce même prétexte sert aux responsables du Pentagone depuis des années. D’ailleurs, certains politiques ne se montrent pas dupes. Le SF Chronicle [10] mentionne qu’en 2003, l’opposition démocrate mordille les chevilles de Rumsfeld en l’accusant d’instrumentaliser les problèmes du DoD pour augmenter encore davantage les fraudes et autres abus.
Mais Rumsfeld peut avancer en toute impunité car la dynamique de guerre est lancée. Les médias dominants ont suspendu leur esprit critique sur le crochet du patriotisme et rivalisent d’ardeur pour promouvoir le spectacle pyrotechnique orchestré par le pouvoir en place. Et les représentants politiques qui ont le culot de modérer leur enthousiasme auront vite fait d’être accusés d’antipatriotisme, selon la formule magique de la « peur du collier » [12] qui, en temps de guerre, inhibe efficacement les contre-pouvoirs.
Confirmation des faits
En fait, dans toute cette affaire, Donald Rumsfeld, qui est un adroit manœuvrier, n’a jamais été réellement inquiété par la vigilance de ses opposants politiques les plus déterminés. Il sait se protéger. Néanmoins, il n’apparaît pas sous son meilleur jour le 11 mars 2005, devant la Commission du Congrès réunie pour le budget de l’année fiscale 2006, lorsqu’il fait face aux questions pugnaces de Cynthia McKinney [13]. Le secrétaire à la Défense se trouve, durant un instant qui dure une éternité, subitement bouche bée, absorbé par le gouffre de sa mémoire. Il est vrai que la représentante démocrate du Congrès n’hésite pas à attaquer de front sur le sujet sensible du budget militaire : « Selon le contrôleur général des États-Unis, il y a de graves problèmes de gestion financière au Pentagone […] :
- Année Fiscale 1999 : 2300 milliards de dollars manquants.
- Année Fiscale 2000 : 1100 milliards de dollars manquants. »
Et Cynthia McKinney poursuit, sans détour : « Le DoD est la principale raison pour laquelle le gouvernement ne peut équilibrer son budget. Le Pentagone a affirmé année après année qu’il ne peut rendre compte de l’argent qu’il dépense parce que ses ordinateurs ne communiquent pas les uns avec les autres. Ma […] question, Monsieur le Secrétaire, est de savoir qui est sous contrat aujourd’hui pour faire communiquer ces systèmes les uns avec les autres ? Depuis quand ces contrats sont-ils en vigueur, et combien les contribuables ont-ils payé pour ceux-ci ? » [13]
Cynthia McKinney questionne Rumsfeld [14]
Incapable de répondre, Donald Rumsfeld rentre la tête dans les épaules comme un maraudeur penaud et amnésique, et Cynthia McKinney, contrainte par le temps qui lui est imparti, se tourne alors vers Tina Jonas, sous-secrétaire d’État chargée du contrôle du budget au Pentagone. Malgré sa fonction de premier ordre sur ce sujet, Tina Jonas bredouille elle aussi. Elle n’est pas davantage en mesure de communiquer une seule information concrète en réponse aux questions directes d’un des membres du Congrès. Cette séquence est un véritable moment d’anthologie. Deux hauts responsables au sommet du pouvoir aux États-Unis, devant les membres du Congrès, représentants du peuple américain à qui ils sont tenus de rendre des comptes, affichent une posture à la fois caricaturale d’incompétence et consternante dans le cadre du fonctionnement démocratique d’une nation.
Donald Rumsfeld & Tina Jonas
Ce simulacre de transparence de l’exécutif n’offrira donc pas à Cynthia McKinney les réponses qu’elle attend, mais cet épisode est déterminant sur un point : les sommes mises en cause et la nature de la problématique comptable sont clairement énoncées par la représentante du Congrès. Cynthia McKinney emploie le terme MANQUANT pour qualifier la transgression visée sur les années fiscales 1999 et 2000, et l’addition des deux sommes qu’elle mentionne représente bien un total de 3400 milliards de dollars. Il est essentiel de remarquer que ni Donald Rumsfeld, ni Tina Jonas ne remettent un instant en cause l’exposé de ces faits qu’elle rapporte sous l’autorité du Congrès américain. Si ces faits n’étaient pas avérés, alors il eut été très simple pour eux deux de se débarrasser des questions posées en contestant la validité des arguments qui les soutiennent plutôt que de sombrer dans le ridicule.
Néanmoins, si comme c’est le cas ici, Donald Rumsfeld doit s’assurer de passer entre les gouttes des quelques astreintes que lui impose la constitution américaine, il faut comprendre que ses priorités sont ailleurs. Depuis trois décennies, il planche avec son ami Cheney sur un projet d’envergure qui dépasse de très haut les péripéties de la vie démocratique du pays, ainsi quePeter Dale Scott l’a exposé en détails : « Dick Cheney et Donald Rumsfeld ont été associé depuis les années 1980 dans le cadre d’une structure parallèle de planification [d’urgence nationale] aux États-Unis. L’objectif formel de cette structure était la “Continuité du Gouvernement” (COG pour Continuity of Government), mais son nom est trompeur. La Progressive Review fit référence, de manière plus appropriée, à des plans pour "un possible coup d’État militaire et/ou civil." » [15]. Connaître cet agenda est utile pour mettre en perspective les dérives comptables qui, au Département de la Défense, ont précédé le 11-Septembre. Nous y reviendrons.
La double vie de William Cohen
Il est intéressant, avant cela, de se figurer qui est le prédécesseur de Rumsfeld au Pentagone, qui a permis que se forme dans la comptabilité de la Défense un gouffre financier si vaste que les instances démocratiques du pays ne pourraient l’ignorer très longtemps, et si profond qu’il faudrait nécessairement que les responsables et bénéficiaires de ce grand jeu d’écritures trouvent à terme une issue qui ne les compromette pas.
William Cohen
Il est tout d’abord remarquable de noter que William Cohen appartient au camp républicain, au sein duquel il a effectué trois mandats au Congrès avant d’être nommé en 1997 secrétaire à la Défense par le Président démocrate Bill Clinton, qui le choisit en prétextant une volonté de politique bipartisane dans le domaine de la défense, visant à « favoriser un consensus national dans un climat international agité » [16]. Libre à chacun de croire ou non qu’un tel choix a pour réelle finalité d’aider au bon déroulement de la vie démocratique du pays… Il est en tout cas certain que l’opacité de l’administration militaire est de longue date bipartisane dans la mesure où elle transcende les clivages politiques aux États-Unis et fait même apparaitre ces derniers comme plus ou moins factices. Car en ce domaine, qu’ils soient démocrates ou républicains, tous les tenants du pouvoir s’accordent depuis des décennies à servir sans mesure la toute-puissance du complexe militaro-industriel, quitte à constater éventuellement leur propre impuissance face au monstre qui leur échappe, comme le fit publiquement le Président Eisenhower en 1961 [17].
Ainsi William Cohen se tient à la tête du Département de la Défense durant les quatre années de la seconde administration Clinton. Il y est donc installé depuis deux ans lorsque sont opérées en 1999 et 2000 les transactions non justifiées dans les comptes du ministère sur les volumes financiers faramineux que nous avons observés. A ce titre, sa responsabilité est nécessairement en cause et nous ne pouvons pas supposer qu’il ignore de telles défaillances. Si l’on considère le bon fonctionnement de l’appareil d’État américain, il est dérangeant de constater que William Cohen n’a jamais été inquiété, ni même mis en demeure de rendre compte devant quelque instance démocratique que ce soit de ces gigantesques anomalies comptables. Et de ce fait, il est aussi difficile de déterminer dans quelle mesure il peut être directement impliqué. En revanche, nous pouvons aisément observer plusieurs cas spectaculaires de conflits d’intérêts lors de son mandat au Pentagone et l’usage soutenu de trafics d’influence dans les activités lucratives qu’il a développées par la suite.
Lorsqu’il quitte le Pentagone, au début de l’année 2001, William Cohen entame une nouvelle vie. Il délaisse les responsabilités publiques pour le monde des affaires et crée sa société de conseils nommée The Cohen Group [18]. Basée à Washington, celle-ci lui permet d’utiliser ses relations politiques pour aider les entreprises, avec lesquelles il traitait précédemment en tant que fonctionnaire de l’État, à obtenir des contrats avec le Pentagone ou avec des gouvernements étrangers, et faire de même dans le cadre du programme dit "de reconstruction" de l’Irak, programme qui, en fait, consiste en des investissements et des implantations d’infrastructures servant essentiellement les intérêts des compagnies américaines exploitants les ressources naturelles du pays [19].
Bannière de présentation sur le site Internet de la société de William Cohen,
ici en compagnie de Tony Blair, Bill Clinton et Madeleine Albright.
Comme toujours avec la logique dite des "portes tournantes" (revolving doors) couramment pratiquée aux États-Unis, qui consiste pour des personnalités haut placées à sautiller opportunément des affaires privées aux responsabilités publiques et inversement, l’usage du lobbying s’apparente souvent à une forme légalisée et structurelle de corruption, et cet usage pourtant très équivoque en termes démocratiques rencontre une indifférence assez providentielle de la justice américaine éventuellement sensible aux appuis politiques des protagonistes : quel que soit le nombre d’affaires litigieuses le concernant, l’ancien Secrétaire à la Défense ne sera jamais réellement visé par le pouvoir judiciaire, pas davantage que n’ont pu l’être ses compatriotes Rumsfeld et Cheney qui sont, nous le verrons dans un autre chapitre, des experts dans ce domaine.
Mais nous allons aussi observer que plusieurs affaires importantes dans lesquelles William Cohen est en cause ont pour point commun d’impliquer des personnes, des entreprises ou des faits connectés à la guirlande de coïncidences qui illuminent les coulisses du 11-Septembre.
En avril 2001, quelques semaines après son départ du Pentagone, William Cohen rejoint le conseil d’administration de Global Crossing [20]. Trois mois plus tard, le Pentagone attribue au géant des télécommunications un contrat de 450 millions de dollars [21]… En janvier 2002, emporté dans un scandale semblable à celui d’Enron, mêlant manipulation des livres comptables et enrichissement démesuré des dirigeants, Global Crossing se déclare en faillite, et Cohen quitte discrètement le navire dont il avait largement contribué à gonfler les voiles depuis son belvédère du Ministère de la Défense [22]. En fait, Global Crossing occupait aussi l’étage 83 de la tour 1 du World Trade Center [23] et ses bureaux contenaient des dossiers susceptibles d’intéresser la justice [24] dans le cadre de ce qui deviendra la quatrième plus grande faillite de l’histoire des États-Unis. Les dossiers de Global Crossing disparaissent donc avec la tour 1 du WTC le 11-Septembre à 10h28, tout comme les dossiers de la SEC (le gendarme de la bourse) disparaissent avec la tour 7 du WTC, ce même jour à 17h20 [25].
Campagne de communication de Global Crossing faisant valoir le lien étroit
du géant des télécommunications avec le marché de l’armement.
Par ailleurs, William Cohen est commercialement lié avec Marvin Bush [26]. De 2002 à 2004, Cohen siège au conseil d’administration de Critical Path[27], une société de logiciels dans laquelle Winston Partners, la firme d’investissement du frère de George W. Bush détient 5,5 millions de dollars en actions [28]. Rappelons que Marvin Bush a aussi été, par le plus grand des hasards,directeur de Securacom/Stratesec, une des entreprises en charge de la sécurité du World Trade Center, et qui assurait également la sécurité à l’aéroport de Dulles d’où le vol 77 a décollé le 11-Septembre, ainsi que la sécurité d’United Airlines à qui appartenaient deux des quatre avions impliqués dans les attentats [29].
De 2004 à 2006, William Cohen est également membre du conseil de l’American International Group (AIG), un géant de l’assurance dont nous examinerons dans un prochain chapitre, les rapports troubles, multiples et variés avec le 11-Septembre [29,30].
Au cours de ses mandats politiques et administratifs, William Cohen a su tisser de nombreux liens qui le suivront dans le développement de ses activités d’affaire. Celui qui a précédé Donald Rumsfeld au Pentagone compte parmi ses proches Marc Grossman [31], qui siège au conseil d’administration du Cohen Group dont il est aujourd’hui le vice-président [32]. Or cet ancien sous-secrétaire d’État est un des artisans des allégations mensongères produites par l’administration Bush contre Saddam Hussein avant l’invasion de l’Irak et il est, à ce titre, un personnage clé du scandale Plame-Wilson [33,34]. Avant cela, tout comme George Tenet et Richard Armitage,Grossman rencontre, très précisément la veille du 11-Septembre, le général Mahmoud Ahmed, alors chef de l’ISI (services de renseignement du Pakistan) dont on sait qu’il a ordonné, avant les attentats, le transfert de 100.000 dollars à Mohammed Atta considéré par la version officielle comme le chef de file des pirates de l’air [35].
Iridium et la constellation des coïncidences
Dans les relations commerciales de William Cohen nous trouvons à deux reprises Buzzy Krongarddont le profil sulfureux et l’implication dans les délits d’initiés qui ont précédé le 11-Septembre ont été identifiés et détaillés, entre autres par l’ancien policier Michael Ruppert [36]. D’une part, l’ancien directeur exécutif de la CIA rejoint en 2005 la direction d’un vaste cabinet d’avocats international, DLA Piper Rudnick avec lequel le Cohen Group est associé depuis un an. D’autre part, Buzzy Krongard siège au conseil du groupe de télécommunication Iridium [28] dont les activités sont relativement méconnues et qui mérite pourtant qu’on observe attentivement ses ramifications.
Visuel publicitaire du groupe Iridium
Iridium [37] a mis en place à la fin des années 1990 un réseau de 66 satellites autour de la planète, qui permet une communication globale totalement indépendante du réseau standard de téléphonie mobile. Alors qu’Iridium se trouve dans une impasse commerciale, ses ventes décollent au lendemain du 11-Septembre, journée durant laquelle les systèmes de communication classiques souffrent de graves défaillances, en particulier à New York, mais ailleurs aussi en des points stratégiques des Etats-Unis [38] dont le rapport officiel sur les attentats oublie d’expliquer en quoi ils pourraient bien être liés à l’action de terroristes islamistes.
Par "coïncidence", il s’avère qu’Iridium est aussi impliqué dans les activités de l’agence National Communications System (NCS) [39] en lien étroit avec le programme de "Continuité De Gouvernement" (COG pour Continuity Of Government) que nous avons commencé à aborder dans le précédent article et qui fut activé en secret pendant les attentats de 2001 [40]. Le NCS gérait le réseau de communication appelé SRAS (Special Routing Arrangement Service), destiné à être utilisé en cas d’extrême urgence pour faire face à un événement catastrophique tel qu’une attaque terroriste majeure sur le sol des Etats-Unis. Or, il est démontré aujourd’hui que ce réseau SRAS a été actionné dès le 10 septembre 2001, 24 heures avant les attentats [41].
Mais c’est ailleurs encore que les ramifications d’Iridium ont attiré notre attention, livrant dans le ballet des "coïncidences" la plus spectaculaire d’entre elles : le 17 septembre 2001, à l’occasion de l’embellie commerciale de la société, le média conservateur américain WND remarqua que le frère d’Oussama Ben Laden, Hasan Ben Laden avait siégé au conseil d’Iridium [42]. SEC info, le site relayant les données de la SEC, le gendarme américain de la bourse confirme, noir sur blanc, cette information [43] :
Le site SEC info confirme que le frère d’Oussama Ben Laden,
Hasan Ben Laden a été à la direction d’Iridium.
Entre 2004 et 2006, le Cohen Group recevra 400 000 dollars de la société Iridium Satellite LLCpour des missions de lobbying auprès du Congrès et du Département de la Défense [22]. En Décembre 2000, peu avant que William Cohen ne quitte ses fonctions, le Pentagone attribuait à Iridium un contrat 72 millions de dollars, sans appel d’offres, pour lequel le secrétaire à la Défense s’est personnellement impliqué, sauvant de la banqueroute le groupe de télécommunication dont le réseau satellite n’avait pas encore rencontré les circonstances de son succès… [33]
La disparition dans la comptabilité du Pentagone de masses financières colossales survenues bien avant l’arrivée de Bush au pouvoir et les activités commerciales pour le moins douteuses du secrétaire à la Défense de la deuxième administration Clinton démontrent que les déviances liées au 11-Septembre ne peuvent être imputées aux seuls membres d’une administration républicaine. Les prédécesseurs de l’équipe au pouvoir en 2001 méritent tout autant notre attention pour comprendre les tenants et les aboutissants d’un crime qui suppose une opération d’une si grande complexité qu’elle a probablement nécessité une préparation sur le long terme. Nous observerons prochainement de quelle façon, au cours de l’histoire des Etats-Unis, l’usage furtif du terrorisme d’État a déjà permis de garantir par le passé la protection et l’essor de puissants intérêts qui dépassent de haut les enjeux démocratiques du pays. Et cette histoire nous enseigne que les coups tordus ne s’embarrassent d’aucune étiquette politique.
Lire l’article suivant : False Flag Civilization
Lalo Vespera
La parenthèse enchantée
Parution du livre : septembre 2012
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Rumsfeld Donald - Rumsfeld à Paris | |
Rumsfeld Donald - Le retraité Rumsfeld à Paris | |
A Paris, même retraité, Rumsfeld bénéficie de son immunité
Le jeudi 25 octobre, c’est une drôle de surprise qui attendait l’ancien secrétaire à la Défense américain, Donald Rumsfeld. De passage à Paris, pour donner notamment une conférence au Cercle Interallié, l’ancien faucon de l’administration Bush faisait l’objet d’une plainte pour « tortures ».
La procédure, initiée par un collectif d’associations de défense des droits de l’homme, visait notamment les nombreux faits commis dans le camp de Guantanamo, à Cuba, et dans la prison d’Abou Ghraïb, en Irak. La France ayant signé en 1984 la Convention contre la torture, inscrite dix ans plus tard dans le droit français, les avocats estimaient obligatoire « de prendre toutes mesures conservatoires aux fins d’assurer la détention de cette personne ou sa présence sur le territoire français ».
Rien n’y fit. Après deux jours sur le sol français, Donald Rumsfeld reprit l’avion sans avoir été nullement inquiété par les policiers. Pourquoi ? L’explication est parvenue aujourd’hui aux avocats des associations. Dans un courrier laconiquedu 16 novembre, le procureur de la République de Paris justifie sa décision ainsi :
« Les services du ministère des Affaires étrangères ont indiqué qu’en application des règles de droit international coutumier, consacrées par la Cour internationale de justice, l’immunité de juridiction pénale des chefs d’Etat, de gouvernement et des ministres des Affaires étrangères subsistait, après la cessation de leurs fonctions, pour les actes accomplis à titre officiel, et qu’en tant qu’ancien secrétaire à la défense, Monsieur Rumsfeld devrait bénéficier par extension, de la même immunité, pour les actes accomplis dans l’exercice de ses fonctions. »
Et Jean-Claude Marin de conclure par un « classement sans suite » de la plainte. Immédiatement, les avocats qui avaient rédigé cette plainte ont réagi à l’argumentation du parquet. Dans un courrier de retour, maître Patrick Baudoin décortique d’abord la jurisprudence en vigueur en matière d’immunité :
« En réalité, la Cour internationale de justice a, dans un arrêt Yerodia du 14 février 2002, reconnu une immunité de juridiction à un ministre des Affaires étrangères, celui de la République démocratique du Congo (RDC), en exercice, pendant la durée de son mandat, du fait de la prise en compte, d’ailleurs contestable, de la nature intrinsèque de ses fonctions tournées vers la scène internationale, sans que cela soit transposable pour d’autres ministres. »
Et de poursuivre en invoquant la dernière grande affaire qui a marqué un tournant dans le droit international :
« Ainsi en va-t-il pour les chefs d’Etat, conformément à l’illustration
Les avocats pourront se consoler. La France n’est jamais que le quatrième pays à refuser le principe de poursuites contre l’ancien Monsieur Défense de Georges W. Bush, après l’Allemagne, l’Argentine et la Suède.
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Donald Rumsfeld - Il rempile pour Bush | |
IL REMPILE POUR BUSH 2 21 decembre 2004 Bush défend Rumsfeld, dont l'opinion souhaite le départ Le président américain George W. Bush a décrit lundi son secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, comme un homme de coeur qui fait du bon travail, balayant les demandes d'élus de sa majorité de remplacer le chef du Pentagone, critiqué pour sa gestion du dossier irakien. Ces élus ne sont pas les seuls puisqu'une majorité d'Américains (52souhaitent le départ de M. Rumsfeld, selon deux sondages publiés lundi. Seuls 35'entre eux approuvent la manière dont le ministre, l'un des plus influents de l'administration, exerce ses fonctions, indique l'enquête d'opinion de la chaîne ABC et du Washington Post. Interrogé à deux reprises lors d'une conférence de presse sur l'avenir de son secrétaire à la Défense, M. Bush a défendu son bilan et sa personnalité, attaqués à la suite d'un récent voyage dans le Golfe où il avait été interpellé par un soldat estimant les forces américaines mal équipées pour faire face aux insurgés en Irak. "Ecoutez, je sais quel coeur a le secrétaire Rumsfeld, je sais combien il se soucie des troupes. Lui et sa femme vont tout le temps à Walter Reed et Bethesda (deux hôpitaux militaires de la région de Washington) pour réconforter et remonter le moral" des soldats blessés, a souligné le président américain. La réponse de M. Rumsfeld au souci de sécurité évoqué par le soldat, selon laquelle "on va à la guerre avec l'armée dont on dispose, pas avec celle qu'on souhaite avoir" avait choqué, donnant l'image d'un dirigeant froid, "d'une arrogance à couper le souffle", selon William Kristol, figure de la mouvance néo-conservatrice qui avait milité pour la guerre en Irak. "J'ai entendu l'angoisse dans sa voix et vu ses yeux quand il parle du danger en Irak et du fait que des jeunes sont là-bas, risquant leur vie, c'est un homme bon, même si parfois son attitude est dure", a assuré M. Bush en évoquant le chef du Pentagone. "Sous cette apparence, il y a un être humain bon qui se soucie profondément des militaires et de la peine causée par la guerre", a plaidé le président américain. Auparavant, M. Bush avait expliqué combien il était heureux que M. Rumsfeld demeure à la tête du Pentagone pour son second mandat. "Je lui ai demandé de rester car je comprends la nature du travail et je crois qu'il fait vraiment du très bon boulot. Le poste de secrétaire à la Défense est complexe, complexe en temps de paix et plus complexe encore en temps de guerre", a-t-il déclaré. M. Bush a rappelé que "le secrétaire (à la Défense) avait géré son ministère alors que deux batailles majeures étaient menées dans la guerre contre le terrorisme, l'Afghanistan et l'Irak". M. Rumsfeld fait depuis 10 jours l'objet de critiques croissantes dans le clan républicain. Dimanche encore, des parlementaires montaient au créneau, appelant le chef du Pentagone à "écouter" les critiques et à "réévaluer" ses projets. "Je n'ai pas confiance en Rumsfeld", a déclaré le sénateur républicain Charles Hagel, étoile montante de son parti, jugeant "absolument impardonnable de ne pas avoir préparé nos troupes" à la situation en Irak. Les parlementaires se sont toutefois abstenus de réclamer sa démission. Il "devrait rendre des comptes et rester en poste", a ainsi déclaré le président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, Richard Lugar. Tom DeLay, chef de file des républicains à la Chambre des représentants, a pour sa part fustigé lundi la "frénésie de critiques" contre M. Rumsfeld, qu'il a qualifié de "figure historique au Pentagone". Le président américain George W. Bush a également déclaré lundi qu'il entendait continuer à travailler avec le président russe Vladimir Poutine, tout en reconnaissant que les relations étaient "complexes" en raison de différends sur plusieurs dossiers, dont l'Irak. "Comme vous le savez, Vladimir Poutine et moi avons de bonnes relations, depuis notre rencontre en Slovénie, et j'ai l'intention que ça dure", a dit M. Bush lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche. Le président américain s'est abstenu d'évoquer le dossier ukrainien, à quelques jours de l'élection présidentielle à Kiev pour laquelle le candidat de l'opposition Viktor Iouchtchenko est donné favori. Parmi les désaccords avec M. Poutine, M. Bush a cité la décision prise par le Kremlin de nommer directement les gouverneurs de régions. Evoquant la coopération dans le domaine du contrôle des armes nucléaire, M. Bush a déclaré: "Nous avons du travail à faire pour sécuriser le matériel nucléaire. Je m'attends à continuer à travailler avec les Russes pour une extension de la coopération", a-t-il dit. Parlant du commerce international, M. Bush a indiqué avoir déclaré à M. Poutine que "nous ferons en sorte de voir si la Russie peut être admise à l'OMC. Ce serait un pas positif pour les relations entre les deux pays", a ajouté le président américain. Le Kremlin a annoncé lundi que MM. Poutine et Bush se rencontreraient le 24 février à Bratislava, lors d'un sommet Russie-USA dans la capitale slovaque. Sources : Lien vers http://www.lexpress.fr/info/infojour/infos.asp?id=041221080301.qbgeif6f&rub=mon&pid=041221072701> 20 décembre 2004 Rumsfeld signera désormais les lettres de condoléances aux familles des soldats tués en Irak Le ministre américain de la défense, Donald Rumsfeld, signera désormais de sa main les lettres de condoléances aux familles des soldats tombés au combat, plutôt que de confier cette tâche à une machine, ce qui a suscité la réprobation de l'opinion publique. Des élus du Congrès, aussi bien démocrates que républicains, ont critiqué le chef du Pentagone pour ne pas avoir signé lui-même les lettres de condoléances depuis le début. M. Rumsfeld est par ailleurs soumis actuellement à de très dures critiques de la part de son propre camp, certains ténors du Parti républicain mettant carrément en cause sa capacité à mener à bien la guerre en Irak. Dans un communiqué daté de vendredi et publié par le journal de l'armée américaine Stars & Stripes, Donald Rumsfeld annonce que désormais il signera lui-même les lettres de condoléances aux familles. Ce communiqué ne fait pas référence spécifiquement aux opérations militaires en Irak ou en Afghanistan. Mais des membres des familles ont déclaré au même journal qu'ils étaient fâchés par le fait que la signature de M. Rumsfeld soit apparemment un tampon. Plus de 1.300 militaires américains ont perdu la vie en Irak depuis l'invasion de ce pays en mars 2003. Sources : Lien vers http://permanent.nouvelobs.com/etranger/20041219.FAP1904.html?2316> 20 décembre 2004 George W. Bush renouvelle sa confiance à Donald Rumsfeld, critiqué dans son propre camp La contestation grandit contre le responsable américain de la Défense Donald Rumsfeld, y compris dans son propre camp. Sa conduite de la guerre en Irak a incité nombre d'élus républicains à réclamer ouvertement son remplacement à la tête du Pentagone, même si les principales commissions du Sénat hésitent à lui refuser la confiance. Le président George W. Bush lui a d'ailleurs réaffirmé lundi son soutien, saluant le «très bon travail» accompli par son secrétaire à la Défense -un des rescapés du remaniement gouvernemental qui a suivi la réelection de M. Bush le 2 novembre dernier. Donald Rumsfeld, 72 ans, souhaitait conserver son poste pour continuer à superviser la transition en Irak et mettre en oeuvre son plan de transformation et modernisation de l'armée. Il n'en compte pas moins des détracteurs au sein de la hiérarchie militaire. Sous couvert de l'anonymat, des officiers lui reprochent ainsi de ne pas les avoir écoutés. Ils dénoncent notamment l'envoi d'effectifs insuffisants en Irak, l'absence de stratégie claire ainsi que le manque de préparation des troupes. Lors d'une rencontre au Koweït, début décembre, des soldats américains l'ont interpellé, lui demandant pourquoi les GI's devaient fouiller les décharges pour trouver de quoi renforcer le blindage de leurs véhicules. On part à la guerre avec l'armée dont on dispose, pas celle qu'on aimerait avoir, a répliqué Donald Rumsfeld. La sénatrice républicaine du Maine, Susan Collins, membre de la commission des Forces armées, a répondu en publiant le 16 décembre le texte d'une lettre adressée à M. Rumsfeld. Elle l'invitait à préciser pourquoi le «ministère de la Défense est toujours incapable d'assurer à nos troupes les équipements dont ils ont besoin pour mener leur mission avec le plus de sécurité possible». Mme Collins a souligné avoir posé la même question «plus de huit mois» auparavant. Connu pour son franc-parler, le sénateur républicain du Nebraska Chuck Hagel n'a de son côté pas hésité à affirmer qu'il n'avait «pas confiance» en Donald Rumsfeld, notant que la situation en Irak a «empiré». Plus de 1.300 soldats américains ont été tués depuis l'invasion du pays en mars 2003. «Je n'aime pas la façon dont il (Rumsfeld) a fait certaines choses. Je pense qu'elles ont été irresponsables», a lancé cet ancien du Vietnam, disant tout haut ce que certains, au Pentagone ou dans les rangs, pensent tout bas. «Nous n'avons pas été en Irak avec assez de soldats. Il a rejeté ses officiers généraux. Il a rejeté toute influence extérieure, tout conseil ou avis extérieur. Et il a rejeté de nombreux avis internes émanant d'hommes et de femmes sous l'uniforme depuis 25 ou 30 ans», a poursuit Chuck Hagel. Les sénateurs républicains Trent Lott et John McCain, lui aussi ancien du Vietnam et membre de la Commission des forces armées, se sont joints à ces critiques, partagées par des parlementaires démocrates. Après la révélation du scandale d'Abou Ghraïb, un groupe indépendant d'experts en défense avait par ailleurs mis en cause les plus hauts responsables civils et militaires du Pentagone, dont Donald Rumsfeld, estimant qu'ils avaient créé les conditions ayant conduit aux exactions subies par des prisonniers irakiens. Plus récemment, des élus du Congrès des deux bords ont reproché au chef du Pentagone de ne pas avoir signé lui-même, dès le début de la guerre, les lettres de condoléances aux familles des soldats tombés au combat. Cette tâche était confiée à une machine, mais le ministre a fait savoir qu'il signerait désormais les lettres de sa main. En dépit de ces critiques, les présidents des principales commissions du Sénat (Forces Armées et Affaires étrangères) hésitent à refuser leur confiance au ministre, dont la nomination devra être confirmée par la chambre haute du Congrès. On ne change pas de capitaine dans la tourmente, font-ils valoir en substance, argument qui fut aussi évoqué pendant la campagne pour la réelection du président. «Nous ne devons pas actuellement nourrir l'idée qu'on puisse changer» les responsables, à quelques semaines de surcroît des élections irakiennes, prévues le 30 janvier, a déclaré le président républicain de la Commission des Forces Armées, John Warner. Son homologue à la tête de la Commission des Affaires étrangères, Richard Lugar note lui qu'on ne «peut pas» se permettre aujourd'hui «l'épreuve» d'une succession. En définitive, Donald Rumsfeld doit «être tenu responsable» de son action à la tête du ministère, mais «doit rester en poste», a-t-il conclu. Sources : Lien vers http://permanent.nouvelobs.com/etranger/20041220.FAP2070.html?1916> 19 décembre 2004 Rumsfeld appelé à changer de méthode par des parlementaires Des parlementaires républicains sont de nouveau montés au créneau dimanche contre le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, l'appelant à "écouter" les critiques et à "réévaluer" ses projets, tandis que la Maison Blanche lui exprimait une nouvelle fois son soutien. "Je n'ai pas confiance en Rumsfeld", a déclaré sur la chaîne de télévision CBS le sénateur républicain Charles Hagel, une étoile montante de son parti. "Il est absolument impardonnable de ne pas avoir préparé nos troupes" à la situation en Irak, a estimé M. Hagel, dénonçant "un manque évident de préparation informée, claire, directe dans l'Irak de l'après-Saddam". Soulignant que "les choses sont pires que jamais", M. Hagel a affirmé que "ce que l'on voit là, c'est la manifestation d'une accumulation d'erreurs de jugement". "Il y a de plus en plus de questions sur la disposition (de M. Rumsfeld) à s'ajuster quand les choses ne se passent pas comme prévu dans son plan de bataille", a déclaré pour sa part la sénatrice républicaine modérée Susan Collins sur la chaîne de télévision NBC, évoquant l'Irak. "Je crois qu'il est très important qu'il réévalue et ajuste ses plans, pour être sûr que nous prenons en compte la persistance de l'insurrection", a ajouté Mme Collins, demandant à M. Rumsfeld d'"être réaliste sur les difficultés que nous rencontrons, et de changer le plan en fonction" de la réalité. Le président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, Richard Lugar, a pour sa part estimé que M. Rumsfeld "devrait rendre des comptes, et rester en poste". "A ce stade, il faut qu'il écoute, et il écoute", a assuré M. Lugar lors d'une autre émission de NBC. "Nous ne devrions pas pour le moment jouer avec l'idée de changer les responsables au Pentagone", a ajouté sur cette chaîne le président de la commission des forces armées, John Warner, avertissant que de nouvelles difficultés sont prévisibles après les élections irakiennes de janvier. Le secrétaire général de la Maison Blanche Andrew Card a salué pour sa part sur ABC l'action "spectaculaire" de M. Rumsfeld. "Le président a une grande confiance en lui", a ajouté M. Card, sans toutefois indiquer si M. Rumsfeld resterait en fonctions durant la totalité du 2e mandat du président Bush. Un autre républicain, Saxby Chambliss, a pour sa part défendu l'action de M. Rumsfeld, tandis qu'au contraire le démocrate Jack Reed appelait directement à sa démission. "Je crois que le pays sera mieux servi par le départ du secrétaire (à la Défense) Rumsfeld", a dit M. Reed sur CBS. "Il est important qu'il parte", a-t-il répété. M. Rumsfeld, que le président George W. Bush a gardé dans son nouveau cabinet après sa réélection en novembre, fait l'objet de critiques grandissantes dans le clan républicain, exprimées notamment par l'influent ancien candidat à la présidence John McCain. Ces critiques ont été attisées par l'attitude de M. Rumsfeld durant un récent voyage auprès des troupes au Koweit, où il avait paru prendre à la légère les inquiétudes d'un soldat sur le manque d'équipement matériel pour les missions en Irak. Sources : Lien vers http://www.lexpress.fr/info/infojour/infos.asp?id=041219193717.4mtmwm0z&rub=mon&pid=041219184017> 17 décembre 2004 DES GENERAUX REFUSENT DE MENTIR Les plans du Pentagone, qui veut utiliser l’intox pour améliorer son image en Irak, suscitent la colère de certains gradés de haut rang. Le recours aux armes de tromperie massive est, de nouveau, à l’ordre du jour du Pentagone. La presse a révélé ces derniers jours qu’un plan des responsables avaient été mis en place pour créer une véritable organisation de fausses informations destinées à contrer les effets négatifs de la guerre en Irak sur l’opinion internationale, principalement dans les pays arabes, notamment l’influence de télévisions comme Al Djazira et plus généralement des médias qui ne donnent pas l’image voulue par la Maison-Blanche. Les buts de la présence américaine ne seraient pas bien compris. Il faudrait donc recourir à des « psy-op », des opérations psychologiques, dont se chargeraient les porte-parole de l’armée et du Pentagone. Les spécialistes en marketing du département de la Défense ne comprennent pas comment leur pays peut vendre du Coca-Cola à toute la planète même dans les pays hostiles aux États-Unis, rapporte le New York Times, et être incapable de faire approuver la guerre et « ses idéaux - démocratiques ». Un débat a lieu entre généraux du Pentagone et Donald Rumsfeld qui est à l’origine d’une directive secrète de soixante-quatorze pages, sorte de petit manuel de l’intoxication et de la propagande qui parle de « crise » dans la communication. Des militaires de haut rang, selon le New York Times, ont répondu que ces procédés, lors de la guerre du Vietnam, avaient ruiné toute crédibilité aux déclarations de l’armée. Ils rappellent qu’il y a trois ans Donald Rumsfeld avait dû fermer, officiellement, le bureau d’influence stratégique (Office of Strategic Influence, OSI) devant les protestations soulevées aux États-Unis et dans le monde. Or, Douglas J. Feith, qui dirigeait l’OSI est partie prenante dans la commission de généraux et de hauts fonctionnaires du ministère de la Défense chargés de mettre au point le programme d’armes de propagande massive, qui à l’approbation de George Bush, conforté dans ses plans par sa victoire aux élections grâce à une campagne sur les valeurs morales et ses - qualités de commandant en chef dans la guerre contre le terrorisme Le débat a pris de telles proportions que même le porte-parole du Pentagone, Lawrence Di Rita, a lâché : « Comme gouvernement, nous ne sommes pas bien organisés pour faire cela. » Manière de calmer la fièvre, quand tout le monde sait que l’OSI, sous d’autres formes n’a cessé de fonctionner. Le mensonge est-il une valeur morale à la Maison-Blanche ? Jacques Coubard Sources : Lien vers http://www.humanite.presse.fr/journal/2004-12-17/2004-12-17-453158> 16 décembre 2004 Grogne croissante contre Rumsfeld dans son propre camp Le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld, auquel le président George W. Bush a récemment renouvelé sa confiance, fait l'objet de critiques de plus en plus vives dont beaucoup issues de son propre camp politique. Plusieurs ténors du parti républicain se sont succédés ces derniers jours pour attaquer le bilan de ce rare rescapé du remaniement gouvernemental mis en chantier depuis la réélection de M. Bush, le 2 novembre. Les propos de M. Rumsfeld, lors d'une rencontre la semaine dernière au Koweit avec des soldats américains, semblent avoir mis le feu aux poudres. Alors qu'un soldat l'interpellait sur la vétusté du matériel militaire en Irak et le manque de véhicules blindés, il avait répondu: "On va à la guerre avec l'armée dont on dispose, pas avec celle qu'on souhaitait avoir". Le sénateur républicain Trent Lott, sans réclamer sa démission immédiate, a souhaité son départ au cours de l'année prochaine. "Il n'écoute pas suffisamment ses officiers", a-t-il ajouté jeudi. La Maison Blanche a volé au secours de son ministre. "Le président pense que le secrétaire Rumsfeld fait un excellent travail et c'est pour cela qu'il lui a demandé de continuer à servir en ces temps de guerre", a déclaré jeudi le porte-parole de la présidence, Scott McClellan. Interrogé sur la perception par M. Bush des critiques adressées par des républicains influents, il s'est contenté de répondre: "Nous suivons les actualités comme vous". La sénatrice républicain Susan Collins, membre de la commission des Forces Armées, était montée au créneau mercredi pour dire son inquiétude face aux propos "troublants" de M. Rumsfeld au Koweit. "Le ministère de la Défense continue à être incapable d'assurer à nos troupes les équipements dont ils ont besoin pour mener leur mission dans des conditions de sécurité maximales", accuse-t-elle notamment dans une lettre adressée à M. Rumsfeld, obtenue par l'AFP. Et son influent confrère Chuck Hagel s'est indigné des mêmes propos, estimant mercredi que les militaires américains "méritaient une bien meilleure réponse". Ce genre de commentaire "peut paraître amusant dans une salle de presse, mais pas dans une salle remplie d'hommes et de femmes que vous avez envoyés au devant des plus grands dangers", s'est-il énervé. Dans une chronique publiée par le Washington Post, William Kristol, figure clé de la mouvance néo-conservatrice qui a milité pour la guerre en Irak, a appelé sans détour à la démission de M. Rumsfeld, dénonçant son "arrogance à couper le souffle". Aucun ministre de la Défense en temps de guerre n'a ainsi "évité d'assumer ses responsabilités avec autant de légèreté et de nonchalance", a-t-il avancé. John McCain, sénateur très écouté au sein de la commission des Forces Armées, avait tiré à boulets rouges sur le secrétaire à la Défense en début de semaine, affirmant, pour résumer, n'avoir "pas confiance" en lui. Sources : Lien vers http://www.courrierinternational.com/AFP/depeche.asp?obj_id=041216224501.nao8clde> 10 décembre 2004 Le patron du Pentagone de passage au Koweït s'est vu reprocher l'équipement déficient du corps expéditionnaire Donald Rumsfeld chahuté par ses soldats Entre le ministre de la Guerre américain et son armée, la lune de miel est finie depuis longtemps. A peine reconduit dans ses fonctions par George W. Bush, Donald Rumsfeld en a eu la confirmation mercredi en voulant doper le moral des troupes en route vers l'Irak. Devant 2 300 soldats massés dans un hangar au nord du Koweït, le secrétaire à la Défense s'est fait chahuter par des membres de la réserve et de la Garde nationale en colère contre les conditions de leur déploiement au front. Il venait de leur dire de ne pas écouter «les sceptiques» pour qui tout va mal en Irak. Ouvrant la séance aux «questions franches», il a été visiblement pris de court par la spontanéité de son auditoire. Sur la défensive, dans un exercice habituellement limité à des échanges polis, Rumsfeld a lâché l'une de ces petites phrases ambiguës qui marquera son passage au Pentagone : «Vous partez en guerre avec l'armée que vous avez, pas avec celle que vous voudriez avoir ou que vous espérez avoir plus tard.» Plusieurs élus du Congrès ont dénoncé le ton «dédaigneux» du ministre, face à des plaintes largement justifiées portant sur l'équipement des soldats, la durée de leurs rotations en Irak et leur maintien en service actif au-delà du terme de leur engagement. Reconnaissant la sensibilité politique du sujet, le président s'est porté à son secours hier, saluant «le fait que le secrétaire soit allé visiter les troupes et ait écouté leurs questions». Quant à leurs inquiétudes, a dit George W. Bush, «nous nous en occupons. Nous voulons que nos forces bénéficient du meilleur équipement possible. Et si j'étais soldat outre-mer, désireux de défendre mon pays, j'aurais voulu poser les mêmes questions au ministre de la Défense». La veille, le soldat de 1re classe Thomas Wilson avait ouvert le feu : «Nos véhicules ne sont pas blindés, a-t-il lancé au patron du Pentagone. On doit fouiller au milieu de plaques de métal rouillées et de vitres déjà trouées d'impacts, prendre ce qu'il y a de mieux dans ces débris pour les mettre sur nos véhicules et partir au combat. Pourquoi n'avons-nous pas les ressources néces-saires ?» La salle s'est emplie de murmures approbateurs devant l'audace de ce vétéran de 31 ans, ancien de l'US Air Force engagé dans la Garde nationale du Tennessee après les attentats du 11 septembre 2001. «Vous pouvez avoir tout le blindage que vous voulez sur un char ou un Humvee et il peut sauter quand même», a brutalement répondu Rumsfeld. D'autres soldats ont demandé pourquoi la Garde nationale et la réserve semblaient avoir du matériel de seconde main, quand l'armée régulière obtenait le premier choix. Une femme engagée avec son mari a mis en cause la politique «d'endiguement des pertes» (Stop-loss policy), qui force des recrues en fin de contrat à prolonger leur engagement tant que le pays est en guerre. «Calmons-nous, calmons-nous, s'est écrié Donald Rumsfeld. Je suis un vieil homme et il est encore tôt ce matin. Voyons si j'arrive à rassembler mes idées.» Mais le secrétaire de 72 ans n'a rien cédé sur le fond : dans cette relation désenchantée, chaque camp devra se contenter de ce que l'autre peut offrir. Rappelant ses engagements électoraux, le président a tenté, hier, d'arrondir les angles : «Comme je l'ai dit à beaucoup de familles que j'ai rencontrées, nous faisons tout ce que nous pouvons pour protéger ceux qui leur sont chers dans une mission vitale.» En un an, le rythme de fabrication des Humvee blindés est passé de 15 à 450 par mois, mais l'état-major estime toujours qu'un quart des 20 000 véhicules utilisés en Irak sont dépourvus de protection adéquate. Il a aussi fallu un an après la proclamation de la «victoire» le 1er mai 2003 pour que tous les soldats soient équipés de vestes pare-balles. Le directeur du budget de la Maison-Blanche, Joshua Bolten, a emboîté le pas au président, en annonçant que l'administration Bush allait demander au Congrès, au début 2005, d'autoriser le déblocage de nouveaux fonds pour les opérations militaires en Irak et en Afghanistan. Il pourrait s'agir d'un montant global de 70 milliards de dollars. En octobre dernier, une unité de réservistes chargée du ravitaillement en essence avait refusé d'accomplir une mission en s'estimant trop exposée aux attaques de la guérilla. Vingt-trois soldats ont été frappés de sanctions disciplinaires mais aucun n'a été déféré en cour martiale. Cette semaine, un membre de la Garde nationale a perdu une manche dans son procès contre le Pentagone, un tribunal fédéral l'ayant renvoyé en Irak malgré la fin de son engagement d'un an. Huit autres recrues ont déposé des plaintes contre la prolongation autoritaire de leur contrat avec l'armée. L'abus de cette mesure est dénoncé par le sénateur républicain John McCain, qui invite Donald Rumsfeld à augmenter les effectifs de l'armée de métier au lieu d'épuiser son réservoir de volontaires. Quelque 45 pour cent de soldats déployés en Irak appartiennent à la réserve ou à la Garde nationale. Souvent plus âgés, mariés avec des enfants et exerçant une activité professionnelle, ils ont vu leur service passer de deux week-ends par mois et quinze jours l'été à douze ou quatorze mois de service continu. Désormais, ils ne cachent plus leur grogne. Sources : Lien vers http://www.lefigaro.fr/international/20041210.FIG0032.html> http://veritance.populus.org/rub/64 Le 4 decembre 2004 Donald Rumsfeld le "survivant" confirmé à son poste Sévèrement critiqué après la révélation du scandale des tortures dans la prison irakienne d'Abou Ghraib, le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld qui a été confirmé à son poste apparaît aujourd'hui comme un "survivant". Le président George W. Bush a demandé lundi dernier à M. Rumsfeld de rester aux commandes du Pentagone et le secrétaire à la Défense a accepté, a indiqué vendredi un responsable de la Maison Blanche mettant ainsi fin au suspense sur l'avenir politique du ministre américain de la Défense. La question du maintien ou non en poste de l'homme qui a dirigé les forces militaires américaines pour les guerres d'Afghanistan et surtout d'Irak restait la dernière interrogation de taille pour la constitution du nouveau gouvernement Bush. "C'est une période de défis. Nous menons une guerre mondiale contre le terrorisme et en cette période difficile, le secrétaire Rumsfeld est la personne qu'il faut pour cette fonction", a indiqué un haut responsable de la Maison Blanche. Le premier mandat de Rumsfeld a été marqué par la poursuite de violences non prévues en Irak -M. Rumsfeld a lui-même reconnu jeudi qu'il avait sous-évalué la force de l'insurrection-, l'échec de la découverte d'armes de destruction massive, l'incapacité d'arrêter Oussama ben Laden et plus de 1.250 décès de soldats américains. Son avenir politique avait été l'objet d'importantes spéculations, notamment après la révélation du scandale de la prison d'Abou Ghraib et des tortures infligées aux prisonniers irakiens. Mais, si le patron du Pentagone, âgé de 72 ans, un des "faucons" de l'administration Bush, compte nombre de détracteurs au Congrès et au sein même de la hiérarchie militaire c'est aussi un proche du vice-président Dick Cheney et jamais le soutien du président ne lui a fait défaut. Rumsfeld ne faisait pas mystère qu'il voulait rester à son poste, au moins dans un premier temps, pour continuer à superviser la transition en Irak, et pour lancer son plan de transformation et modernisation de l'armée avec notamment le déploiement d'un nouveau système de bouclier antimissile. Au fil des crises, il a gardé son assurance et sa combativité. Après les attentats du 11 septembre 2001 contre New York et Washington, il s'était fait l'avocat irréductible d'une Amérique forte, sans états d'âme, face aux risques émanant des terroristes et des États jugés incontrôlables par Washington. Célèbre pour sa franchise acérée et ses répliques musclées, Donald Rumsfeld fait face à une situation en Irak qui évoque le cauchemar du Vietnam. Les scénarios optimistes qu'il a élaborés avant la guerre pour libérer l'Irak se sont transformés en spirales de violences, avec une insurrection qui fait tâche d'huile et des opérations suicide, souvent meurtrières pour le camp américain. Ancien pilote de l'aéronavale, champion de lutte, M. Rumsfeld a été secrétaire général de la Maison Blanche sous Gerald Ford (1974-75) poste d'où il assista à la chute de Saïgon avant de devenir pour la première fois secrétaire à la Défense (1975-77). Riche industriel, il avait été rappelé par Bush en 2001 pour occuper de nouveau cette fonction. Il vient de décider de porter à 150.000 le nombre de soldats américains en Irak faisant naître de nouvelles questions sur la durée de l'engagement militaire des Etats-Unis dans ce pays alors que l'armée américaine est déjà très sollicitée. Sources : Lien vers http://www.courrierinternational.com/AFP/depeche.asp?obj_id=041204144851.dkngyh5c> |
Donald Rumsfeld - Affairiste, manipulateurs des politiques | |
L'AFFAIRISTE MANIPULATEUR DES POLITIQUES
De Nixon en passant par Bush père et fils, Rumsfeld a toujours oeuvré dans les coulisses du pouvoir pour mener à bien ses affaires. Celui que l'on surnomme Don ou Rummie a plus d'un tour dans son sac. Voilà plus de 40 ans qu'il a commencé à tisser un réseau machiavélique qui n'a jamais cessé de s'étendre dans le business. Si vous prenez des substituts au sucre ou aspartame, c'est à lui que vous le devez mais il faut que vous sachiez que ce produit n'a jamais été approuvé par la Food and Drug Administration (FDA)qui réglemente le marché des aliments et des médicaments car la toxicité de cet ersatz était plus que probable. Il provoquait des tumeurs au cerveau aux rats en laboratoire. Don a donc fait fortune en mettant sur le marché quelque chose qui fait plus de mal que de bien. Mais quand on aime le profit qu'a-t-on à faire du genre humain ? Les détenus torturés ou massacrés à Abou Graib est un autre exemple de l'amour que porte aux hommes Rummie... attention danger.
Derrière le politique, le businessman La face cachée de Donald Rumsfeld On connaît le secrétaire à la Défense, celui qui aujourd’hui doit rendre des comptes pour les tortures en Irak. Mais pour comprendre le personnage – et les dérives actuelles du Pentagone –, il faut se plonger dans les archives de la Bourse américaine. C’est là qu’on découvre une étonnante carrière d’homme d’affaires faite de liaisons dangereuses entre public et privé Pour une fois, Donald Rumsfeld s’est départi de son fin sourire. Auditionné le 7 mai par le Sénat américain, le secrétaire à la Défense de l’administration Bush a dû reconnaître sa «responsabilité» dans les humiliations et les tortures infligées aux détenus irakiens à la prison d’Abou Ghraib. Mais le premier des faucons qui règnent au Pentagone n’a pas démissionné. N’hésitant pas à se défausser sur son état-major, l’inflexible «Rummie» s’est drapé dans ses convictions. Rien d’étonnant à cela, car ce diplômé de Princeton qui roule sa bosse à Washington depuis quarante ans est l’un des piliers du camp ultraconservateur. Il en incarne jusqu’à la caricature la doctrine: moralisme belliqueux en politique et ultralibéralisme en économie. Avec ses dérives: à commencer par la confusion entre la gestion des affaires de l’Etat et le business privé. Depuis ses débuts dans le sillage du président Nixon, à la fin des années 1960, Rumsfeld mène une double carrière: l’homme politique cache un homme d’affaires. C’est le secret de «Don». Celui que les médias américains, occupés à encenser le chef de guerre qui prit le manche après les attentats du 11 septembre, n’évoquent qu’à demi-mot. Un étrange tabou. Car l’épluchage de la déclaration de patrimoine déposée par le secrétaire à la Défense lors de sa prise de fonctions en 2000 (un pavé de 50 pages!) permet de constater que ce multimillionnaire est bel et bien le chef de file d’un réseau qui navigue depuis quarante ans entre les conseils d’administration de la corporate America et les officines gouvernementales. Les archives de la SEC (le gendarme de la Bourse américaine) et l’étude des documents déclassifiés de l’administration démontrent également que Rumsfeld et les siens sont passés experts dans le maniement des revolving doors, ces «portes tournantes» qui permettent d’effectuer de fructueux allers-retours entre privé et public. En obtenant des modifications des lois ou en influant sur les décisions de l’administration au nom des méthodes et des comportements propres au business, Rumsfeld et les républicains d’extrême droite ne font souvent que satisfaire leur appétit financier. Depuis le nettoyage des treillis jusqu’à la formation des policiers irakiens, depuis l’alimentation des GI jusqu’à la collecte de renseignements, rares sont les fonctions militaires, à l’exception de la guerre proprement dite, qui n’ont pas été déléguées à des sous-traitants privés. Et rares aussi ces sous-traitants qui ne comptent pas dans leur conseil d’administration quelques éminentes figures ultraconservatrices. Dernier exemple en date : selon l’enquête interne conduite par l’armée américaine, le Pentagone a été jusqu’à sous-traiter à une société privée – Caci International – les interrogatoires des détenus d’Abou Ghraib. Parmi les administrateurs de Caci on trouve le général Larry Welch, ancien chef de l’US Air Force et vieille connaissance de Donald Rumsfeld. En mars 2003, il l’avait désigné pour conduire l’évaluation d’un plan d’armement futuriste, doté d’un budget de 15 milliards de dollars et dont Caci International est aujourd’hui l’un des principaux bénéficiaires. Le fait que le général Welch, auditeur «indépendant» d’un programme gouvernemental, soit aussi l’administrateur d’une compagnie profitant de ce programme n’a semble-t-il pas choqué M. Rumsfeld. Ce que l’on sait moins, c’est que ces liaisons dangereuses ont ponctué toute sa carrière. 1962-1977 les débuts d’un «Nixon boy» Donald Rumsfeld, dit «Rummie», né à Chicago en 1932 et diplômé de la prestigieuse université de Princeton, débute en 1960 comme consultant pour la banque d’investissement AG Becker. Doué et ambitieux, il se lance dans la politique en 1962 en se présentant aux élections législatives dans le 13e district de l’Illinois, une banlieue aisée de Chicago. Son équipe de campagne est une sorte de Who’s Who de l’économie locale. On y trouve notamment Edgar Jannotta, associé au sein de la banque d’affaires William Blair, qui accompagnera «Rummie» dans tous ses raids entrepreneuriaux; Dan Searle, héritier de la firme pharmaceutique Searle; ou encore Jeb Stuart Magruder, un ancien vendeur de pâte à papier, qui sera plus tard l’un des communicants de Richard Nixon et l’un des principaux inculpés dans l’affaire du Watergate. Donald Rumsfeld remporte les élections, devient député à l’âge de 29 ans et poursuit son ascension politique. Richard Nixon, issu comme lui de la moyenne bourgeoisie des affaires, le nomme en 1969 à la tête de l’OEO (Office of Economic Opportunity), une agence de lutte contre la pauvreté, léguée par le précédent gouvernement démocrate. Son rôle y aurait été, si l’on en croit le témoignage d’un ancien dirigeant de l’OEO, d’épurer l’agence fédérale (fermée par Nixon en 1973) de ses «gauchistes» ou perçus comme tels. Quoi qu’il en soit, il se constitue à ce moment-là l’armature d’un réseau qu’il ne cessera par la suite d’étendre. Les deux adjoints de Rumsfeld à l’OEO ont pour nom Dick Cheney, l’actuel vice-président des Etats-Unis, et Frank Carlucci, aujourd’hui patron du groupe financier Carlyle, l’un des principaux bénéficiaires de l’augmentation actuelle des crédits militaires. En 1970, Donald Rumsfeld quitte l’agence anti-pauvreté pour devenir conseiller spécial du président Nixon puis, après le Watergate, secrétaire à la Défense dans le gouvernement de Gerald Ford. La victoire de Jimmy Carter à l’élection présidentielle de 1976 le renvoie à la vie des affaires. 1977-1985 une fortune dans le faux sucre En juin 1977, les parrains de sa première campagne électorale, Dan Searle et Edgar Jannotta, offrent à Donald Rumsfeld la présidence du groupe Searle. Le fabricant pharmaceutique se trouve à cette époque en fâcheuse posture. Depuis dix ans, la Food and Drug Administration (FDA), qui réglemente le marché des aliments et des médicaments, refuse l’agrément d’une molécule, l’aspartame, que Searle espère vendre comme un susbstitut au sucre. La FDA demande même l’ouverture d’une procédure pénale après avoir découvert de nombreuses erreurs dans les tests de toxicité présentés par Searle. Mais l’arrivée de Rummie coïncide avec une série d’événements heureux pour la compagnie. D’abord, Samuel Skinner, le procureur chargé de diligenter l’enquête pénale, démissionne de ses fonctions et rejoint en juillet 1977 le cabinet d’avocats de Searle. L’enquête est abandonnée. Puis, en 1981, Ronald Reagan, tout juste élu président des Etats-Unis, nomme à la tête de la FDA un quasi-inconnu, Arthur Hull Hayes, ancien chercheur pour le Pentagone. Donald Rumsfeld s’est toujours défendu d’avoir interféré dans cette nomination. Un élément rapporté par l’agence United Press International pourrait amener à penser le contraire. Selon une commerciale de Searle, Donald Rumsfeld aurait déclaré à sa force de vente en janvier 1981 qu’il ferait jouer ses relations et veillerait à ce que l’aspartame soit approuvé avant la fin de l’année… Qu’il ait été ou non formulé, le vœu est en tout cas exaucé. En juillet 1981, Arthur Hull Hayes autorise la mise sur le marché de l’aspartame, passant outre à l’avis du comité scientifique mandaté par la FDA: celui-ci avait jugé que le produit ne devrait pas être commercialisé, en raison des cas de tumeur cérébrale apparus chez les rats, au cours des tests menés par Searle. Qu’à cela ne tienne, en juillet 1983, Arthur Hull Hayes étend l’autorisation aux boissons et sodas… puis démissionne et se fait embaucher par le cabinet de relations publiques de Searle! Les ventes d’aspartame, vanté pour ses vertus anticaloriques, s’envolent. En 1985, Monsanto rachète Searle pour 2,7 milliards de dollars. Le rôle d’intermédiaire est joué par la banque d’affaires William Blair, que dirige désormais Edgar Jannotta. Donald Rumsfeld, de son côté, empoche une plus-value d’environ 5 millions de dollars et rejoint William Blair à un poste de conseiller. En vingt ans, la FDA a enregistré plusieurs milliers de plaintes attribuant à l’aspartame des maux variés (migraines, trous de mémoire, troubles de la vision...). Et en Californie trois procès viennent d’être engagés par des associations de consommateurs contre plusieurs géants agroalimentaires. De son côté, la communauté scientifique est divisée, un camp plaidant pour l’innocuité et un autre le rangeant dans la catégorie des neurotoxiques. L’avenir dira si les soupçons à l’encontre de l’aspartame étaient fondés. Cela en tout cas n’a pas empêché ses promoteurs initiaux de continuer à développer leurs affaires: Samuel Skinner, le procureur fédéral qui avait opportunément rejoint le cabinet d’avocats de Searle, est devenu le directeur de cabinet de George Bush senior. Et aujourd’hui il est, entre autres, administrateur d’Express Scripts, une société de conseil pharmaceutique qui vient d’obtenir du gouvernement Bush (junior) l’accès à un lucratif marché de courtage en médicaments. Arthur Hull Hayes, lui, est entré dans le top 100 des millionnaires de la biotechnologie. Il est administrateur de plusieurs sociétés pharmaceutiques qui toutes se signalent par une politique agressive de privatisationdu patrimoine humain : Myriad Genetics a fait scandale en déposant des brevets sur deux gènes humains et Napro Biotherapeutics (où siège aussi Richard Perle, un proche conseiller de Donald Rumsfeld) a obtenu de la FDA le droit de vendre une molécule élaborée par des labos publics. 1983 voyageur de commerce à Bagdad Tandis qu’il est encore PDG de Searle, Donald Rumsfeld effectue une «mission» diplomatique pour le compte de George Shultz, secrétaire d’Etat dans le gouvernement de Ronald Reagan. En décembre 1983, il est l’envoyé spécial des Etats-Unis à Bagdad, où il rencontre Saddam Hussein. Interrogé par CNN en septembre 2002 sur la raison de cette visite, Rumsfeld a répondu qu’il s’agissait, entre autres, de le mettre en garde contre l’utilisation d’armes chimiques dans la guerre contre l’Iran. Pourtant le compte rendu officiel de sa rencontre avec le dictateur ne fait aucune mention d’une telle mise en garde. Il y est plutôt question d’un projet de pipeline dont Donald Rumsfeld se fait l’avocat auprès du dictateur. Ce pipeline est à l’époque un projet de la compagnie Bechtel, le géant américain des travaux publics, dont George Shultz, le secrétaire d’Etat auquel Rumsfeld doit son voyage à Bagdad, était le PDG jusqu’à son entrée dans l’administration Reagan. Il en redeviendra d’ailleurs, en 1989, l’un des principaux dirigeants. De là à penser que Donald Rumsfeld ait représenté les intérêts de Bechtel auprès de Saddam Hussein, il n’y a qu’un pas. En tout cas, à l’époque il ne voyait pas un terroriste dans ce client en uniforme. Sa complicité avec George Shultz, après s’être consolidée dans diverses affaires commerciales, dure toujours. Après être devenu secrétaire à la Défense, en 2001, Donald Rumsfeld l’a fait entrer au sein du comité de conseil du Pentagone (Defense Policy Board), bien que les règles excluent la participation de personnes présentant un possible conflit d’intérêts. Or, à 84 ans, George Shultz est toujours administrateur de Bechtel, l’un des principaux bénéficiaires des aides à la reconstruction irakienne. Sans passer par la procédure habituelle de mise en concurrence, cette entreprise a obtenu pour 1,8 milliard de dollars de contrats, soit l’équivalent de 15e son chiffre d’affaires en 2002. 1990-1993 les dollars de l’Ère digitale En janvier 1989, George Bush père entre à la Maison-Blanche. Mais il se garde bien de faire appel à Rumsfeld, qui s’est toujours positionné comme son rival. Qu’importe… Donald va continuer sa vie de businessman. En octobre 1990, il devient PDG de General Instrument, un fabricant de câbles de télécommunication. Cette nomination, il la doit à Theodore J. Forstmann, un financier new-yorkais, fidèle sponsor des campagnes électorales de la famille Bush, qui vient de racheter l’entreprise. General Instrument (GI) traverse alors une passe difficile. L’entreprise a lourdement investi dans les technologies de télévision digitale. Or la FCC (Federal Communication Commission), l’autorité américaine de régulation des télécoms n’a retenu, dans un concours visant à définir le standard de la télévision du futur, que des candidats ayant développé le format analogique. Autant dire que GI risque de se retrouver exclu du marché au profit de ses concurrents – notamment les groupes japonais. Que vient faire dans cette galère un Donald Rumsfeld dépourvu de toute expérience dans la high-tech? La suite de l’histoire éclaire son rôle. Un mois après l’arrivée de «Don» à la tête de GI, les trois compagnies américaines en compétition devant la FCC se convertissent subitement à la technologie digitale; ce qui permet à GI, par le biais d’une alliance avec l’un des candidats, de se remettre dans le jeu. Puis le comité de sélection de la FCC, au sein duquel est nommé Donald Rumsfeld – en dépit d’un évident conflit d’intérêts –, élimine le consortium japonais, au motif que l’analogique est moins performant que le digital. Ce même comité recommandera ensuite aux candidats restants de former une «grande alliance» en vue de développer un standard digital commun. General Instrument se retrouve alors en position de force. En 1993, Ted Forstmann introduit la firme en Bourse, encaissant cinq fois sa mise de départ, et Donald Rumsfeld se retire avec une plus-value estimée à 7 millions de dollars. En mars 2000, dans une interview, un ancien haut dirigeant de GI, Frank Drendel, apporte une lumière crue sur ces agissements: «General Instrument était le seul à proposer du digital, mais nous avions avec nous Don Rumsfeld, qui avait ses entrées à Washington, dans l’administration.» Dix ans plus tard, ce standard est un fiasco. Le magazine «Business Week» l’a même qualifié de «plus grosse erreur de la politique de communication du xxe siècle». Une erreur que Donald Rumsfeld attribue, lui, à la FCC... En juin 2001, au cours d’une conférence de presse où il s’épanchait sur sa carrière d’entrepreneur, il expliquait: «J’étais chez General Instrument quand la firme a développé la première télévision digitale haute définition. La FCC est arrivée, s’est emparée de l’affaire et l’a bloquée.» Il s’agit ici d’un travestissement tout à fait caractéristique du discours ultraconservateur: ce qui est – selon toute vraisemblance – un détournement d’une procédure à des fins privées devient une tyrannie bureaucratique étouffant la liberté d’entreprendre. Pour l’anecdote, signalons que le comité de la FCC auquel GI doit son salut était présidé à l’époque par Richard E. Wiley, un avocat d’affaires élevé en politique, comme Rumsfeld, par Richard Nixon et qui se retrouve aujourd’hui à la tête d’un des principaux cabinets d’avocats spécialisés entre autres dans le conseil aux entreprises qui répondent aux appels d’offres du Pentagone. Une véritable manne, avec la politique d’achat et de sous-traitance menée par Donald Rumsfeld. 1993-1999 à bord de Gulfstream En mars 1990, Ted Forstmann avait acheté une autre entreprise en difficulté, Gulfstream, un fabricant de jets d’affaires. Il fait bientôt monter à bord de Gulfstream quelques proéminentes figures du Parti républicain: George Shultz en 1991, Donald Rumsfeld en 1993, Colin Powell en 1996 (adversaire politique des ultraconservateurs, celui-ci n’hésite pas à l’occasion à se joindre à leurs safaris financiers), et enfin, en 1997, Henry Kissinger, pilier des gouvernements Nixon et Ford, entrent au conseil d’administration. Pour leur participation à quelques réunions par an, ils reçoivent plusieurs milliers d’actions. Et en juin 1999, lorsque Ted Forstmann revend Gulfstream à General Dynamics, le fabricant d’armes, ils encaissent une plus-value d’environ 3 millions de dollars chacun. L’avocat d’affaires en charge des intérêts de General Dynamics au moment de la transaction, William J. Haynes, est aujourd’hui un collaborateur de Donald Rumsfeld. Et pas des moindres: en tant que chef du département juridique du Pentagone, c’est lui qui a organisé le vide législatif, propice à tous les dérapages, dans lequel sont placées les prisons militaires de Guantanamo (Cuba), de Bagram (Afghanistan) ou d’Abou Ghraib (Irak). Face à une commission du Sénat, William J. Haynes, en décembre 2001, reconnaissait son inexpérience en matière de droit pénal. Mais en octobre 2002, devant une congrégation de magistrats ultradroitiers, il assumait, au nom de son chef, la création de ces zones franches carcérales: «Mon patron, Donald Rumsfeld, a une perspective semblable et une semblable détermination à ne pas laisser les dogmes d’aujourd’hui se mettre en travers d’importants objectifs de sécurité nationale.» Ici encore, il s’agit d’un travestissement typique des discours ultraconservateurs: la Constitution américaine, la convention de Genève deviennent des dogmes, des fétichismes bureaucratiques, entraves mesquines à l’action de l’homme responsable et réellement libre. 1988-2001 les retombées de la lutte antiterroriste En janvier 1997, Donald Rumsfeld devient PDG de Gilead, une société créée dix ans plus tôt dans la perspective de produire des médicaments contre les maladies infectieuses. Le nom de Gilead n’est paut-être pas innocent. Dans un livre à succès publié en 1985, les Etats-Unis se voyaient affublés du nom de Gilead, après qu’une dictature militaire, portée par une population prête à échanger ses droits contre sa sécurité, y eut pris le pouvoir. Mais revenons à l’entreprise. Rumsfeld la connaît bien. Depuis juillet 1988, il siège à son conseil d’administration où figurent plusieurs de ses habituels associés (George Shultz y est entré en 1996). A cette époque, Gilead essaie de trouver des débouchés pour le cidofovir, une molécule antivirale, dont les premiers tests n’ont guère été encourageants: des cancers et de graves lésions rénales sont apparus sur des rats après l’ingestion de quelques doses. Certes, en juin 1996, la FDA a tout de même donné son agrément pour le cidofovir. Mais elle a limité son autorisation à un type bien précis d’infection rétinienne et elle l’a assortie d’un avertissement sur la toxicité du produit. Pas de quoi soutenir un cours de Bourse. D’autant plus qu’en août 1998 la firme a dû se fendre d’une lettre aux médecins américains leur expliquant qu’au vu des nombreux cas d’insuffisance rénale, dont certains mortels, survenus chez les patients traités au cidofovir il était recommandé d’appliquer strictement la posologie. La bonne nouvelle viendra d’un chercheur du Pentagone, John Huggins, issu du même établissement qu’Arthur Hull Hayes (l’homme qui a légalisé l’aspartame).Il déclare que le cidofovir est très efficace contre le virus de la variole. Dès lors le Pentagone intègre la molécule de Gilead dans ses recherches sur le bioterrorisme. En mars 2002, alors que Donald Rums-feld est devenu secrétaire à la Défense, John Huggins et Karl Hostetler, un universitaire, annoncent qu’ils ont mis au point une nouvelle version du cidofovir, plus pratique, qui pourrait être administrée à la population en cas d’attaque terroriste au virus de la variole. Karl Hostetler est par ailleurs PDG d’une entreprise pharmaceutique, que Gilead rachète en décembre 2002 pour 460 millions de dollars. Le voilà riche. Et voilà aussi assuré l’avenir commercial du cidofovir, puisqu’il est désormais inclus dans le plan Bioshield Project, doté de 6 milliard de dollars, lancé par Bush en février 2003 et destiné à développer médicaments et vaccins contre d’éventuelles attaques biochimiques. Cependant un membre de l’équipe Bush, Donald Henderson, ancien directeur de l’Organisation mondiale de la Santé (responsable, dans les années 1970, du programme de vaccination contre la variole), avait posé en mars 2002, dans la revue scientifique «Nature», une intéressante question: pourquoi cet acharnement à développer le cidofovir, alors qu’il est notoirement toxique et qu’on dispose par ailleurs d’une méthode éprouvée, la vaccination? Le docteur Henderson quittera brusquement ses fonctions, deux mois après la publication de ses iconoclastes interrogations. Donald Rumsfeld est alors le tout-puissant secrétaire à la Défense. Dans son bureau du Pentagone se prépare l’argumentaire sur les prétendues armes de destruction massive détenues par Saddam Hussein qui débouchera sur la guerre en Irak. Rumsfeld tient déjà son slogan. Ce sera «shock and awe». Vingt ans plus tôt, c’était «sweet and low» pour lancer l’aspartame. Du faux sucre qui donne mal à la tête, un pipeline pour dictateur, une télé qui ne marche pas, un antivariolique qui détruit les reins... Et maintenant une guerre en Irak... C’est l’histoire de toute une carrière qui sous couvert d’idéologie est marquée par l’affairisme. CHRISTOPHE GRAUWIN Sources : Lien vers http://www.nouvelobs.com/articles/p2064/a242058.html> |
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